CHAPITRE XI. CONTRE LES HÉRÉTIQUES QUI DÉCHIRENT L’ÉGLISE.

par Saint Augustin.

  1. Le Seigneur, parlant à la foule, fut interrompu par un de ses auditeurs qui lui dit « Seigneur, dites à mon frère de partager avec moi son héritage ». Le Sauveur lui répondit : « O homme, dites-moi donc par qui j’ai été chargé de partager entre vous votre héritage (Luc, XII, 13,14.) ? » Jésus-Christ ne rougissait pas de réprimer la cupidité, mais il refusait de s’interposer comme juge dans un partage. Pour nous, mes frères, nous ne l’invoquons pas comme juge dans de semblables matières, car notre héritage n’est point de ce monde. Interpellons notre Sauveur, avec un front pur et une conscience droite, et que chacun de nous lui dise : Seigneur, dites à mon frère, non pas de partager, mais de posséder avec moi l’héritage. Frère, que voulez-vous donc diviser? Ce que le Seigneur nous a laissé ne saurait être partagé. Est-ce de l’or qu’il nous a laissé, de manière à nous fournir encore la balance pour le partager? Est-ce de l’argent, sont-ce des richesses, des esclaves, des troupeaux, des arbres, des champs? Tout cela peut être divisé, mais voici quelque chose qui ne peut pas l’être : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix (Jean, XIV, 27.) ».

D’un autre côté , plus il y a de copartageants dans un héritage temporel, plus la part de chacun devient petite : supposez deux enfants dans une famille, tout ce que possède le père appartient au même titre à l’un et à l’autre. Demandez, à l’un ou à l’autre, à qui, par exemple, appartient ce cheval ? C’est à nous, devra répondre l’un ou l’autre des deux frères. A qui cette terre, cet esclave ? Et sur chaque matière il dira: C’est à nous. Après le partage, la réponse ne serait plus la même. A qui ce cheval? A moi. A qui cet autre cheval? A mon frère. Voilà ce qu’a produit la division. Vous n’avez pas acquis un seul cheval, mais vous en avez perdu un. Si donc notre héritage pouvait être partagé, nous ne devrions même pas opérer ce partage, dans la crainte de diminuer nos richesses. Et en effet, ce qui doit le plus contrarier les enfants, c’est de vouloir partager du vivant de leur père. S’ils s’obstinent dans ce coupable projet; si par des procès et des plaidoyers chacun d’eux prétend revendiquer pour lui-même la part qui peut lui échoir, le vieillard s’écrie: Que faites-vous Je vis encore. Je mourrai bientôt, attendez jusque-là, et alors vous partagerez mes biens. Nous avons Dieu pour Père: pourquoi vouloir partager? Pourquoi plaider? Attendons; s’il arrive que Dieu meure, nous partagerons.

Advertisements
Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.