CHAPITRE VII. UNITÉ DES PAIENS DANS LE CULTE DES IDOLES.

par saint Augustin.

Adorateurs d’une multitude de faux dieux, les païens restent entre eux parfaitement unis; nous, chrétiens, nous ne connaissons que le seul Dieu véritable, et sous un seul Dieu nous ne conservons pas l’unité. Pour eux de nombreuses et fausses divinités ; pour nous un seul Dieu véritable; sous ces nombreuses et fausses divinités les païens pratiquent l’unité de culte, et de cruelles divisions règnent parmi les adorateurs du vrai Dieu ! Et-vous ne souffrez pas, vous ne gémissez pas, vous ne rougissez pas ! Ce n’est pas tout encore; non-seulement les païens adorent de nombreuses et fausses divinités, mais ces divinités sont entre elles ouvertement hostiles et ennemies. Sans les énumérer toutes, nommons-en quelques-unes.

Hercule et Junon furent ennemis car ils ne furent que des hommes; l’un était le gendre, l’autre la belle-mère : et cependant les païens leur ont construit des temples à l’un et à l’autre. Ils adorent Hercule, ils adorent Junon ; ils s’adressent à l’un, ils s’adressent à l’autre ; sous des dieux ennemis, ils observent l’unité de culte. Vulcain et Mars sont deux ennemis; le droit était pour Vulcain, mais cherchez un juge qui ose prononcer entre eux. Il se plaint amèrement de l’adultère de sa femme; et cependant il n’ose défendre à ses adorateurs d’aller sacrifier dans les temples de Mars. Tous deux sont adorés simultanément: et si les païens imitaient leurs dieux, la guerre dans leurs rangs serait éternelle. Du temple de Mars ils se rendent au temple de Vulcain ; quelle horreur 1 et cependant ils ne craignent pas de s’attirer la colère du mari malheureux, en sortant du temple de Mars adultère. Ils ont un coeur et ils savent que la pierre est privée de sentiment. Voilà donc des adorateurs de divinités nombreuses, fausses, différentes, ennemies, et cependant ils conservent entre eux une certaine unité. Ai-je tort de dire que vous êtes condamné par le témoignage même de ces païens, dont les jeûnes vous paraissent indignes d’être assimilés aux vôtres ? Frère, rentrez donc dans l’unité. Nous adorons un seul Dieu; nous ne voyons nulle part que le Père et le Fils se soient fait la guerre. D’un autre côté, que les païens ne s’irritent pas du langage que j’ai tenu sur leurs divinités. Ce n’est pas contre mes paroles, mais plutôt contre leurs propres écrits qu’ils ont le droit de s’irriter. S’ils le peuvent, et surtout s’ils le veulent, qu’ils lacèrent ces écrits, et que les grammairiens n’aient plus à jeter un voile sur de tels enseignements. Voici que ce langage irrite contre moi celui qui verse de larges sommes pour initier son fils à de semblables doctrines.

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