CHAPITRE III. LE JEUNE NÉCESSAIRE POUR DOMPTER LA CHAIR.

par saint Augustin.

Gardez-vous donc de ne voir dans le jeûne qu’une pratique vaine et superflue. Que celui qui par respect pour l’usage de l’Eglise s’y soumet encore, se garde bien de penser, de se dire à lui-même ou d’écouter dans son âme la voix séductrice qui lui crie : que faites-vous, pourquoi jeûnez-vous? Vous privez votre âme, vous ne lui donnez pas ce qui lui plaît ; vous vous faites donc souffrir vous-même, vous êtes à vous-même votre persécuteur, votre propre bourreau. Dieu prend-il donc son plaisir à vous voir souffrir? N’est-il pas cruel celui qui se délecte de vos souffrances ?

Répondez à ce tentateur : je me punis moi-même afin que Dieu me pardonne, afin qu’il vienne à mon secours, que je plaise à ses yeux et que je me délecte de sa suavité. N’immole-t-on pas la victime avant de la placer sur l’autel ? Je ne veux pas que ma chair exerce d’empire sur mon esprit. Vous adressant toujours à ce mauvais conseiller, à cet esclave de l’estomac, répondez-lui .par cette comparaison: Si vous montiez une bête de somme, un cheval qui vous inspirerait la crainte fondée d’une chute malheureuse ; pour vous donner plus de garantie et de tranquillité ne sauriez-vous pas lui retrancher la nourriture et dompter par la faim celui que vous n’auriez pu dompter par le frein? Mon corps est ma bête de somme; je voyage vers la Jérusalem céleste et souvent cette monture m’entraîne et cherche à me faire sortir de ma voie qui est Jésus-Christ; ne dois-je donc pas recourir à la faim pour dompter ses emportements? Celui qui goûte cette vérité éprouve par sa propre expérience combien le jeûne est utile. Cette chair, aujourd’hui domptée, le sera-t-elle toujours ? Pendant qu’elle sera dans cette vie temporelle, tant qu’elle subit la triste condition de notre mortalité, elle ressent ces commotions aussi évidentes en elles-mêmes que dangereuses pour notre esprit. Ici-bas notre chair est toujours corruptible, car elle n’est point encore ressuscitée ; elle ressuscitera un jour, mais en attendant, ses habitudes ne sont rien moins que célestes et nous-mêmes nous sommes encore loin d’égaler les anges.

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