Rappel

Mirari vos, Grégoire XVI (extraits) :

VIII.  —  Indifférentisme.

Nous arrivons maintenant à une autre cause des maux dont Nous gémissons de voir l’Église affligée en ce moment, savoir, à cet « indifférentisme » où à cette opinion perverse qui s’est répandue de tout côté par les artifices des méchants, et d’après laquelle on pourrait acquérir le salut éternel par quelque profession de foi que ce soit, pourvu que les mœurs soient droites et honnêtes. Il ne vous sera pas difficile, dans une matière si claire et si évidente, de repousser une erreur aussi fatale du milieu des peuples confiés à vos soins. Puisque l’Apôtre nous avertit « qu’il n’y a qu’un Dieu, une foi, un baptême, (1)» ceux-là doivent craindre qui s’imaginent que toute religion offre les moyens d’arriver au bonheur éternel, et ils doivent comprendre que, d’après le témoignage do Sauveur même, « ils sont contre le Christ, puisqu’ils ne sont point « avec lui,  (2) » et qu’ils dissipent malheureusement, puisqu’ils ne recueillent point avec lui ; et par conséquent « qu’il est hors de doute qu’ils périront éternellement, s’ils ne tiennent la foi catholique, et s’ils ne la gardent entière et inviolable (3)  . »  Qu’ils écoutent saint Jérôme, qui, dans un temps où l’Eglise était partagée en trois par un schisme, raconte que, fidèle à ses principes, il avait constamment répondu à ceux qui cherchaient à l’attirer à leur parti : «  Si quelqu’un est uni à la Chaire de Pierre, je suis avec lui (4) . » Ce serait à tort que quelqu’un se rassurerait parce qu’il a été régénéré dans les eaux du baptême, car saint Augustin (5) lui répondrait à propos : « Un sarment coupé à la vigne conserve encore la même forme ; mais à quoi lui sert cette forme, s’il ne vit point de sa racine? »

IX.  —  Liberté de conscience.

De cette source infecte de « l’indifférentisme » découle cette maxime absurde et erronée, ou plutôt ce délire, qu’il faut assurer et garantir à qui que ce soit la « liberté de conscience. » On prépare la voie à cette pernicieuse erreur par la liberté d’opinions pleine et sans bornes qui se répand au loin pour le malheur de la société religieuse et civile, quelques-uns répétant avec une extrême impudence qu’il en résulte quelque avantage pour la religion. Mais, disait saint Augustin (6)  , « qui  peut mieux donner la mort à l’âme que la liberté « de l’erreur ? » En effet, tout frein étant ôté qui puisse retenir les hommes dans les sentiers de la vérité, leur nature inclinée au mal tombe dans un précipice ; et nous pouvons dire avec vérité que « le puits de l’abîme (7) » est ouvert, ce puits d’où saint Jean vit monter une fumée qui obscurcit le soleil, et sortir des sauterelles qui ravagèrent la terre. De là le changement des esprits, une corruption plus profonde de la jeunesse, le mépris des choses saintes et des lois les plus respectables répandu parmi le peuple, en un mot le fléau le plus mortel pour la société, puisque l’expérience a tait voir de toute antiquité que les États qui ont brillé par leurs richesses, par leur puissance, par leur gloire, ont péri par ce seul mal, la liberté immodérée des opinions, la licence des discours et l’amour des nouveautés.

X.  —  Liberté de la presse.

Là se rapporte cette liberté funeste, et dont on ne peut avoir assez d’horreur, la liberté de la librairie pour publier quelque écrit que ce soit, liberté que quelques-uns osent solliciter et étendre avec tant de bruit et d’ardeur. Nous sommes épouvantés, Vénérables Frères, en considérant de quelles doctrines ou plutôt de quelles erreurs monstrueuses nous sommes accablés, et en voyant qu’elles se propagent au loin et partout, par une multitude de livres et par des écrits de toute sorte, qui sont peu de chose pour le volume, mais qui sont remplis de malice, et d’où il sort une malédiction qui, Nous le déplorons, se répand sur la face de la terre. Il en est cependant, ô douleur ! qui se laissent entraîner à ce point d’impudence, qu’ils soutiennent opiniâtrement que le déluge d’erreurs qui sort de là est assez bien compensé par un livre qui, au milieu de ce déchaînement de perversité, paraîtrait pour défendre la religion et la vérité. Or, c’est certainement une chose illicite et contraire à toutes les notions de l’équité, de faire de dessein prémédité un mal certain et plus grand parce qu’il y a espérance qu’il en résultera quelque bien. Quel homme en son bon sens dira qu’il faut laisser se répandre librement des poisons, les vendre et transporter publiquement, les boire même, parce qu’il y a un remède tel que ceux qui en usent parviennent quelquefois à échapper à la mort?
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(1). Ad Ephes. IV, 5. — (2). Luc. XI, 23. — (3). Symb. S. Athanas. —(4). S. Hier. Ep. LVIII. —(5). S. Aug. in Psal. contra part. Donat. —  (6). S. Aug. Ep. CLXVI. — (7). Apoc. IX, 3.

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