traduction de l’éditorial de l’abbé Ugo Carandino

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L’époque dans laquelle nous vivons est probablement plus méritoire que d’autres, puisque la pratique de la vertu comporte un plus grand engagement et qu’en conséquence les âmes peuvent espérer une récompense plus grande. En même temps, elle est sûrement plus complexe, puisqu’on assiste à la substitution de tout ce qui est objectif par des éléments d’ordre subjectif. Les milieux liés plus ou moins (souvent moins que plus) à la Tradition de l’Église, n’échappent pas à cette situation, et donc si l’on raisonne selon des catégories arbitraires plutôt que selon la doctrine catholique, le discernement entre la vérité et l’erreur devient problématique. Pour ce motif, ce qui est écrit sur nos publications est souvent a priori considéré inacceptable ou de toute façon exagéré, puisque la règle n’est plus, justement, l’enseignement de l’Église (que nous nous efforçons de réaffirmer), mais une série d’idées confuses, équivoques ou erronées, quand bien même soutenues de bonne foi mais qui n’aident certainement pas à affirmer l’authentique foi. Préliminaire indispensable pour aborder le sujet de cet article.

Au mois d’août, une congrégation religieuse a été au centre de l’attention dans le petit monde “traditionaliste”. À cette époque, Jorge M. Bergoglio venait de rentrer de son voyage au Brésil, où il avait donné le pire de lui-même durant les “Journées Mondiales de la Jeunesse”, en répétant les erreurs du Concile Vatican II et en célébrant les rites selon la réforme liturgique d’Annibale Bugnini et de Giovanni Battista Montini.

Il faut préciser, pour les lecteurs moins informés sur l’affaire, que la congrégation en question reconnaît comme légitimes les documents conciliaires (qui sont à la base des affirmations insupportables de Bergoglio) et les livres liturgiques qui s’ensuivent. Et plus précisément : les supérieurs de la congrégation, au moment de la fondation, ont voulu reconnaître Vatican II et le “novus ordo missæ” pour obtenir la reconnaissance canonique de la part des “autorités” vaticanes et favoriser ainsi l’affectation des églises, le recrutement des vocations, les rôles dans la vie ecclésiale des diocèses. Il s’agit d’un choix très grave, selon le principe absolument pas évangélique (et encore moins franciscain) de la fin (reconnaissance canonique, églises, “vocations”, etc.) qui justifie les moyens (accepter le modernisme dans ses manifestations d’ordre doctrinal et liturgique, et surtout reconnaître comme autorités légitimes les occupants du Siège Apostolique). Ce choix de camp semble échapper au plus grand nombre, et pourtant il s’agit d’un aspect fondamental : de nombreux prêtres héroïques, pour ne pas renoncer à la Foi et à la Messe Romaine, et en même temps refusant toute forme de compromis (comme célébrer les deux rites), dans les années 70 et 80 préférèrent perdre honneurs et biens terrestres.

Chez certaines personnes, l’attitude considérée rigoriste et dépourvue de générosité de Bergoglio à l’égard de ces frères, a accru la nostalgie pour le “pontificat” de Benoît XVI, comme s’il y avait une différence substantielle entre les deux personnages. N’oublions pas, en effet, que c’est à Ratzinger qu’il faut attribuer non seulement le partage, mais carrément la paternité des erreurs conciliaires professées par Bergoglio et par ceux qui sont en communion avec lui (y compris les susdits frères et leurs défenseurs).

Si l’on considérait les questions religieuses à la lumière de la foi il n’y aurait rien à ajouter, mais il faut constater qu’à l’intérieur des rangs du modernisme conciliaire (comme dans tout regroupement humain) existent des sensibilités et des nuances différentes : certains se distinguent par une apparence de style conservatrice et d’autres exhibent une empreinte plus progressiste ; certains avec plus d’affinités pour les milieux sociaux bourgeois et d’autres plus proches des “périphéries existentielles” ; l’un aime célébrer le nouveau rite avec de riches ornements anciens et l’autre avec des chasubles minables ; d’autres ont une plus grande familiarité avec les dentelles, d’autres encore avec les t-shirt représentant Che Guevara… Divisés par tant de choses, mais unis par trois éléments essentiels : la reconnaissance des occupants matériels du Siège Apostolique, la substitution de la profession catholique par les erreurs modernistes, l’abandon de l’usage exclusif du Missale Romanum.

La foi impose un choix de camp clair et sans ambiguïté, qui comporte le refus catégorique de toutes les erreurs doctrinales, indépendamment des tendances de leurs partisans. C’est ce qu’a fait une minorité de catholiques qui, liés par l’enseignement de tous les Papes et en particulier par le magistère antimoderniste de saint Pie X, ne sont pas en communion avec ceux qui occupent le siège de Pierre et les sièges épiscopaux, au moins depuis le 7 décembre 1965 (date de la “promulgation” de la déclaration “Dignitatis humanæ”). Qu’il s’agisse de l’austère Paul VI ou de l’histrion Jean-Paul II, du doctoral Benoît XVI ou de “l’homme des barricades” Bergoglio/Francesco, le résultat final ne change pas : tous ces personnages ont mis en œuvre et mettent en œuvre le programme dénoncé par saint Pie X dans l’encyclique Pascendi “les artisans d’erreurs … imprégnés d’un venin d’erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, se posent, au mépris de toute modestie, comme rénovateurs de l’Église … et donnent audacieusement l’assaut à tout ce qu’il y a de plus sacré dans l’œuvre de Jésus-Christ, sans respecter sa propre personne … Ennemis de l’Église, certes ils le sont, et à dire qu’elle n’en a pas de pires on ne s’écarte pas du vrai. Ce n’est pas du dehors, c’est du dedans qu’ils trament sa ruine ; le danger est aujourd’hui comme aux entrailles mêmes et aux veines de l’Église”.

Certes, à considérer les proclamations répétées (et répétitives) de Bergoglio dans lesquelles se gaspillent des mots comme miséricorde, tendresse et pardon, la sévérité réservée aux religieux qui, dans l’effondrement général de la vie consacrée, se distinguent par l’abnégation et le sérieux pourrait étonner. Mais peut-être le problème ne vient-il pas tant des sectaires qui, en tant que tels, accueillent et confirment dans leurs erreurs les ennemis de l’Église, alors qu’ils rejettent et condamnent quiconque est plus ou moins fidèle au Christ (classé par Bergoglio comme “pélagien”). Le problème vient de ceux ­ certains de bonne foi, d’autres par calcul humain – qui se sont rangés du mauvais côté. À la lumière de la Foi Catholique et du Magistère éternel des Papes, il est inacceptable d’accepter “avec le religieux respect de l’intelligence et de la volonté le Concile Vatican II, la Réforme Liturgique de Paul VI, et le magistère post-conciliaire”. Inacceptable mais en un certain sens “cohérent” à l’intérieur de l’incohérence qui caractérise le chaudron conciliaire…

Beaucoup moins cohérents sont ceux qui se sont proclamés avocats commis d’office et qui, tout en acceptant Vatican II, la réforme liturgique et le “magistère” post-conciliaire (surtout celui de Ratzinger, le plus conforme à la description faite par saint Pie X dans Pascendi du philosophe moderniste, croyant et agnostique) réprouvent, durement même, Bergoglio, mais en s’obstinant à le reconnaître comme le “pape”, le légitime successeur de Pierre, et même, en se déchaînant avec véhémence et sarcasme contre quiconque soutient le contraire.

Les consacrés impliqués dans l’affaire sont victimes, comme tous les catholiques, de la crise qui frappe l’Église : mais on ne peut penser enrayer la crise qui tourmente le Corps Mystique en lui provoquant d’autres blessures, comme la renonciation à la profession intégrale de la Foi. C’est souhaitable de la part de tous ceux qui éprouvent un certain malaise face aux erreurs de Bergoglio (héritées de Ratzinger : les veuves ratzingériennes doivent se résigner à cette évidence) sans toutefois arriver aux conclusions qui s’imposent, qu’ils cherchent à approfondir davantage l’aspect dogmatique de la crise. Une aide importante peut venir des études d’un théologien comme le Père Guérard des Lauriers, authentique disciple de saint Thomas d’Aquin, qui a toujours vécu selon la vertu de la Foi. Sa fidélité à l’Église et à la Papauté lui coûta d’abord la perte de sa chaire à l’Université du Latran et ensuite la charge de professeur au séminaire d’Écône ; il passa les dernières années de sa vie abandonné par beaucoup mais il n’abandonna jamais Jésus-Christ.

S’obstiner au contraire à chercher une (inexistante) continuité d’enseignement entre les Souverains Pontifes, comme saint Pie X ou Pie XII, et celui qui sera invoqué dans quelques mois comme “saint” Jean-Paul II (déjà “béatifié” par Ratzinger), n’a rien de vertueux, ni de franciscain. Et aussi parce que saint François d’Assise baisait le Crucifix et non les pages du Coran.

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