L’Antéchrist doit éradiquer le Christianisme de la surface de la Terre

front-row-seat-to-the-end-of-the-worldPour la première fois dans l’histoire du monde, la paix était devenue une réalité universelle. Il ne restait plus un seul État, si petit ou si lointain qu’il fût, dont les intérêts ne fussent identiques à ceux de l’une des trois divisions du monde à qui cet État se rattachait ; et ce premier degré de l’humanisation définitive s’était accompli depuis environ un demi-siècle déjà. Mais le second degré, la réunion de ces trois divisions en un même tout, résultat infiniment supérieur au précédent, puisque les intérêts en conflit étaient incalculablement plus considérables, cette oeuvre-là avait été accomplie par une seule personne, qui avait brusquement émergé de l’humanité à l’instant même où un rôle comme celui qu’elle avait joué s’était trouvé nécessaire.
Et, dans ces conditions, étant donnée l’énormité du bienfait conféré aux hommes par ce personnage, ce n’était point, certes, demander beaucoup que d’exiger que tous les hommes approuvassent sa volonté, son jugement, dans une matière où, de la façon la plus évidente, il ne s’agissait encore que de leur salut. Ainsi ce premier argument était un appel à la confiance du coeur.
Le second grand argument s’adressait à la raison. La persécution, comme le reconnaissaient tous les esprits éclairés, était la méthode employée par une majorité d’hommes cruels et ignorants, qui désiraient imposer, de force, leurs opinions à une minorité se refusant à adopter spontanément ces opinions. Le caractère particulier de malveillance de la persécution, telle qu’elle avait existée dans le passé, n’avait point consisté dans l’emploi de la force, mais dans l’abus qu’on en avait fait. Qu’un royaume quelconque, par exemple, voulût dicter ses opinions religieuses à une minorité de ses membres, c’était là une tyrannie intolérable ; car aucun État ne possédait le droit d’émettre des lois universelles, pendant que son voisin était libre d’en émettre d’autres, tout opposées.
Cette forme de persécution n’était, au fond, que l’individualisme national, c’est-à-dire une hérésie plus désastreuse encore, pour le bien-être commun du monde, que l’individualisme personnel. Mais, avec l’avènement de la communauté universelle des intérêts, la situation avait entièrement changé. L’unique personnalité totale de la race humaine s’était substituée à l’incohérence des personnes séparées ; et, avec cette unification, qui pouvait être comparée à un passage de l’adolescence à la maturité, une série absolument nouvelle de droits avait pris naissance.
La race humaine était désormais une seule et même entité, avec une responsabilité suprême envers soi ; et il ne pouvait plus être question, maintenant, d’aucun de ces droits privés, qui, certainement et légitimement, avaient existé durant la période antérieure. L’homme, à présent, possédait une domination souveraine sur chacune des cellules qui composaient ce que l’on pourrait appeler son corps mystique ; et, lorsque l’une de ces cellules agissait au détriment du reste du corps, les droits de l’ensemble étaient illimités.
Et puis, il n’y avait au monde qu’une seule religion dont l’existence fût dangereuse, par la prétention qu’elle manifestait à une autorité universelle ; la religion catholique. Les sectes de l’Orient, dont chacune gardait son individualité propre, n’en avaient pas moins trouvé, dans l’Homme nouveau, l’incarnation de leur idéal, et, par conséquent, s’étaient soumises à la suprématie du grand corps total dont il était la tête. Mais la religion catholique, elle, avait pour essence la trahison contre la véritable idée de l’homme.
Les chrétiens déféraient leurs hommages à un Être surnaturel imaginaire qui, d’après ce qu’ils affirmaient, non seulement était supérieur au monde, mais avait encore sur le monde un pouvoir transcendant. De sorte que les chrétiens, délibérément, se retranchaient de ce corps total, dont, de par leur génération humaine, ils avaient fait partie.
Ils étaient comme des membres morts, se soumettant à la domination d’une force extérieure autre que celle qui aurait pu les faire vivre ; et, par cet acte même, c’était le corps tout entier qu’ils mettaient en danger. Il ne s’agissait point de supprimer leur folle croyance à la fable insensée de l’incarnation. Cette croyance, on aurait parfaitement pu la laisser mourir de sa propre mort ; mais le refus des chrétiens de puiser leur vie à la source commune, voilà quel était leur crime, le véritable et seul crime qui méritât encore d’être appelé de ce nom !
Car, qu’étaient le vol, l’escroquerie, le meurtre, ou même l’anarchie, en comparaison de ce délit monstrueux ? Toutes ces fautes, à coup sûr, endommageaient le corps de l’humanité ; mais elles ne la frappaient pas au coeur. Elles faisaient souffrir des individus, et, à ce titre, devaient être empêchées ; mais elles ne compromettaient point la vie de l’ensemble. Seul, le christianisme avait en soi un poison mortel. Chaque cellule qui en devenait infectée voyait se détruire, en elle, la fibre qui la rattachait à la grande source de vie. Le crime suprême de haute trahison contre l’homme, cette religion seule le commettait ; et nul autre remède adéquat ne pouvait convenir, contre elle, que sa complète suppression de la surface du monde.
Père Robert-Hugh Benson – Le Maître de la Terre (1905) – Téléchargez le roman

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